Vie ma vie de prolo : Téléprospecteur

Par | Divers

N’oublions jamais d’où l’on vient et pourquoi l’on recherche l’indépendance financière ; voilà le pourquoi de cette série d’article : Vie ma vie de prolo. Suite d’articles qui auront pour but de décrire des emplois précaires ou de basse qualité où l’employé n’est qu’un consommable censé apporter de l’argent à une enflure. On commence avec le métier de téléprospecteur.

Téléprospecteur : être une salope au service d’un autre

“Tu vois généralement en début de mois je me paie un petit facteur… Je me lève le matin… Et je prends ma matinée pour récolter les pensions, ce qui me permet, par la même occasion, de repérer les vieux qui ont de l’argent… J’évite par-dessus tout, les jeunes couples qui commencent, tout ça, ça pue la pauvreté… C’est désagréable… Mais les vieux, hein… Ils ont de l’argent ça c’est sûr… Des vieux pauvres, j’en connais pas… Avares oui hein ! Mais pauvres, non…” Benoît Poelvoorde, C’est arrivé près de chez vous (1992)

Cette tirade du film C’est arrivé près de chez vous, les partenaires bleu ciel EDF l’ont bien comprise. Moins extrémistes que Benoît Poelvoorde pour vider les retraités de leurs deniers mais tout aussi cancer, ces entreprises ont mis en place un juteux système, qui n’a d’aussi rentable que leur manque d’éthique et de valeurs. Pour se faire il ne leur faut que peu de chose dont une armée de téléprospecteurs. 

Étant au chômage durant trois mois et scrollant les multiples offres d’emplois, j’ai tenté ma chance en répondant à une offre de téléprospecteur dans une entreprise de rénovation énergétique appartenant au réseau Partenaire Bleu Ciel EDF. L’énergie ça sonne bien, de plus le design et l’image renvoyée par le groupe était proche de la nature se basant sur des couleurs vertes et avec l’écologie au centre de ses préoccupations. Une entreprise qui aide la planète à aller bien ne peut être qu’une entreprise saine, surtout quand ses valeurs sont confiance, qualité et épanouissement ; vive le branding. Le salaire y était faible mais pour rendre la planète plus verte et avoir la possibilité d’être en partie récompensé en friandises (un mars par rendez-vous pris !), j’ai décidé de devenir téléprospecteur. J’y ai passé trois jours, j’y ai trouvé abus de confiance, mensonge et aliénation. 

Devenez un robot

Devenir téléprospecteur, en soit c’est déjà devenir un petit poil à gratter. La téléprospection, c’est de la merde, on ne va pas se mentir qu’appeler des personnes à froid pour leur proposer quelque chose dont ils n’ont pas besoin, en suivant une trame prédéfini que l’on lit tel un robot, c’est pas le métier qui vous fait vous sentir le plus utile et serviable au monde. En plus, on a tous la haine contre ses foutus télépros qui spamment nos boîtes téléphoniques, nous appellent pour nous proposer des trucs dont on ne veut pas et ne suppriment pas notre numéro alors qu’on leur a demandé 100 fois de le faire ! J’étais donc devenu ce type lourd qui fait un boulot néfaste à l’humanité.

Dans les sociétés Partenaire Bleu Ciel EDF, on vous fait croire que vous proposez un service utile. Malgré le fait que les gens raccrochent au nez ou que des quolibets peuvent sortir de la bouche des prospects, on a ce sentiment de proposer quelque chose d’intérêt en étant un téléprospecteur. Lorsque l’on soulève le tapis, la réalité est tout autre. Ceux qui ont compris la malhonnêteté du procédé ont deux choix, devenir consciemment un enfoiré ou quitter le navire pour garder un peu d’amour propre. 

La vérité camouflé pour mieux tromper

Dans ces entreprises tout se situe dans l’art d’édulcorer les choses et de changer légèrement la réalité pour parvenir à ses fins. Je place ici une petite partie de l’annonce de recrutement de cette entreprise : 

  • Rejoindre votre poste de travail situé sur un plateau moderne, ergonomique et bénéficiant des nouvelles technologies.

Sur ce point, il est vrai que l’on dispose d’un cadre de travail idyllique. Concrètement, le poste de travail est situé dans un call center composé d’une quinzaine de personnes entassées dans deux pièces, ayant une surface de 30m2 et le tout situé dans une zone industrielle. L’objectif est simple, prendre des rendez-vous avec des clients, retraités pour la grande majorité, afin de leur proposer un bilan énergétique pris en charge et réalisé par un technicien. 

Pour ce qui est des nouvelles technologies, nous sommes à la pointe, j’en veux pour preuve la base de données des harcelés. En seulement trois jours de travail, j’ai appelé une vingtaine de morts, un funérarium, des gens ayant déménagé depuis vingt ans, un presbytère, des personnes alités et une paroisse. L’un des plus gros problèmes, en plus de cette base de données, vient du fait que les victimes du harcèlement de cette société ne peuvent que très difficilement retirer leurs numéros pour mettre fin à l’horreur.

Sur l’écran du téléprospecteur, il apparaît plusieurs boutons justifiant le fait que l’appel n’a pas fini par une prise de rendez, les boutons sont divers : hors cible, personne locataire, personne âgé, maison de -15 ans, répondeur, refus de répondre, et j’en passe ; afin que le numéro de téléphone soit bouté hors de la base de données, il faut qu’un bouton soit cliqué à trois reprises ! Ce qui nécessitera donc, à minima, trois appels avant de mettre fin à ce harcèlement. Sachant que ces bases de données sont achetées par de multiples entreprises, une fois son numéro de téléphone pris dans l’engrenage, il est difficile voir impossible d’en sortir. 

Tout est bon dans le mensonge

J’en viens au point le plus important, où est l’arnaque ? Car bien que les procédés pour capter les rendez-vous soient à la limite du légal, ils sont justifiés par le “don” d’un bilan énergétique. Malheureusement, ce don n’en est pas vraiment un et le technicien n’est pas un technicien mais un technico-commercial, doux double mot permettant d’affubler une compétence à un commercial qui n’a en fait de technique que la dernière syllabe de ce mot. 

Après avoir fait, bien souvent, un bilan énergétique rapide s’ensuit un constat sur le fait que rien ne va dans la maison, que l’isolation est à refaire, que les pignons de la maison sont poreux ou encore que la toiture est pourrie. Tout est bon dans le mensonge, tant qu’il rapporte. Le frauduleux ne s’arrête pas là, le commercial – ou technicien selon le point de vue – va chercher à faire signer un devis à la future victime qui n’en est pas un, en réalité ce devis va indiquer que la victime accepte que la société partenaire contracte en son nom un emprunt pour payer les réparations.

Je crois que dans mon existence, je n’ai jamais vu une entreprise aussi hypocrite que celle-ci. Dans les locaux étaient inscrit sur un papier blanc accroché à un mur le mot empathie, coeur de valeur de l’entreprise. L’empathie est la capacité à se mettre à la place d’autrui, surprenant pour une entreprise pratiquant le harcèlement quotidien et dont la victime favorite est la veuve éplorée. 

J’ai vendu mon âme pour un mars et trois sous.

Le singe vénale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Se faire virer, comment faire ?

Vous rêvez vous aussi de vivre la vie de rêve après...

Le futur du monde hippique sera-t-il virtuel ?

Le PMU a toujours été pour moi un lieu de rêve, là où...

Vie ma vie de prolo : Téléprospecteur

N’oublions jamais d’où l’on vient et...

Le chômage : un investissement sans risque

Vous rêvez de belles plages de sable fin, d’une eau...